pygmalion, dans les métamorphoses d’ovide, est un sculpteur de chypre. méprisant les femmes de son île, frappées d’impudeur, il s’éprend d’une statue qu’il a façonnée, galathée. aphrodite lui donne la vie, et l’objet devient etre vivant.
pygmalion est ainsi dans le langage courant un terme désignant un pédagogue qui façonne littéralement son élève, parfois jusqu’à en faire un objet de transfert.
la pratique des modifications corpor...
pygmalion, dans les métamorphoses d’ovide, est un sculpteur de chypre. méprisant les femmes de son île, frappées d’impudeur, il s’éprend d’une statue qu’il a façonnée, galathée. aphrodite lui donne la vie, et l’objet devient etre vivant.
pygmalion est ainsi dans le langage courant un terme désignant un pédagogue qui façonne littéralement son élève, parfois jusqu’à en faire un objet de transfert.
la pratique des modifications corporelles modernes sont souvent vues par ceux qui les pratiquent comme une tentative de transformer son propre corps en oeuvre en l’investissant d’une importance primordiale. ce n’est donc pas simplement un mouvement contestataire, c’est aussi une forme d’art dont l’objet n’est autre que sa propre chair. ainsi, on pourrait dire que l’individu qui a recours à la modification corporelle est le pygmalion de son propre corps.
il s’agit de refuser sa simple hérédité génétique, de ne prendre sa chair que comme un matériau brut à façonner à coup de scalpels, d’aiguilles, de cathéters, de dermographes, de ciseaux. il s’agit de compléter le corps par le métal, l’encre, l’os, le bois, le téflon, la silicone.
leurs adeptes sont les héritiers de l’actionnisme viennois. il s’inspire de fakir mustaphar, stelarc, orlan. ils vont chercher leurs influences esthétiques dans les tableaux de h.r. giger, les romans de william gibson et la culture populaire virtuelle. leur démarche est sensualiste voir existentialiste.
mais une telle démarche, tournée exclusivement sur le corps en tant qu’objet est à mon sens à l’origine de deux travers. premièrement, devenir sa propre galathée. s’éprendre de son corps en tant qu’œuvre au risque de sombrer dans une superficialité qui vide de sens toute la démarche. le deuxième risque est de désinvestir son enveloppe de chair de toute existence psychique. c’est-à-dire concrètement de se réifier, de devenir objet et non sujet.
la pratique des modifications corporelles nous interpelle donc, au delà de son caractère primairement spectaculaire, car elle est la résultante d’un investissement matérialiste de notre propre corps. les pratiques rituelliques réintroduite par certains adeptes (suspensions, etc…) ne font à cet égard que prouver le besoin de combler un manque de spiritualité.
ainsi, comment représenter des personnes aussi différentes qu’une directrice financière, un tatoueur, un informaticien, tous pourtant adeptes éclairés (souvent extrêmement documentés) ? comment rendre justice à leur démarche ?
on l’a vu, une des principales caractéristiques de la modification corporelle consiste à ajouter à son corps des éléments par l’implant, le piercing, le tatouage, la scarification. tandis que la photographie classique consiste à prélever la lumière ambiante (principe soustractif), la technique du light painting fonctionne selon le principe de l’ajout progressif de lumière dans un environnement entièrement sombre (principe additif). ainsi, le dispositif de prise de vue fait écho avec la pratique du sujet.
de plus, cette même technique oblige la personne photographiée (photo-sculptée même) à tenir des poses de l’ordre de 30 secondes à 1 minute d’immobilité totale, dans le noir. lors de la prise de vue, ils expérimentent ainsi le degré extrême de la réification qui consiste en une pétrification du corps. la séance est extrêmement codifiée : on se met d’accord sur un mise en scène, on fait le noir puis le photographe fait progressivement apparaître les éléments du corps (bras, jambes, tête, ventre…) et du décor.
afin de s’attacher à représenter la personnalité du sujet, des éléments biographiques sont intégrés dans l’image : instrument de musique, jouet, meuble ou tout autre élément graphique pouvant suggérer une spécificité. ces détails signifiant sont parfois évident, parfois très discret, mais toujours présent dans l’image.
l’esthétique générale se veut sophistiquée, parfois à la limite d’un maniérisme kitch. elle cherche à sublimer l’œuvre du sujet. a mettre en valeur son « travail » (au sens d’art autant qu’au sens de maïeutique). toutes ces personnes sont des pygmalions, des expérimentateurs de limites de leurs corps, de artistes de la chair.
> read nextTechnique used : Light painting
Edition / print : 15 exemplaires